septembre-octobre 2025

Je reviens d’un séjour de plus de deux mois en Afghanistan, un pays que je connais depuis plus de vingt ans et qui, pourtant, me surprend et me bouleverse à chaque fois que j’y retourne.
Cette année, j’ai trouvé les femmes plus angoissées, plus tendues, plus silencieuses. Leur fatigue est profonde, presque existentielle. Face à ce climat pesant, j’ai dû adapter mes projets : réduire mes déplacements au centre d’accueil, recevoir davantage de femmes à la maison, privilégier les petits cercles plutôt que les grands rassemblements. Ce n’est pas la première fois que je dois me réinventer pour poursuivre ma mission, et c’est peut-être l’élément principal que j’ai appris durant ces vingt années : la capacité à continuer malgré tout, à avancer dans l’ombre, à agir sans faire de bruit, mais toujours en poursuivant les buts que je me suis fixée.
Et malgré cette atmosphère lourde, malgré les risques encourus, nous avons accompli tant de choses :
• Chaque mois de l’année 2025, 75 familles – des femmes veuves ou vivant avec un mari handicapé – ont pu recevoir une aide alimentaire qui leur a permis de se sustenter.
• Deux sages-femmes mobiles ont pu informer 420 jeunes femmes sur les risques des grossesses trop rapprochées et sur l’importance vitale d’un intervalle de 12 à 18 mois entre chaque naissance.
• Nous avons distribué des moyens de contraception disponibles à Kaboul : pilules, injections, stérilets, … ; autant d’outils simples qui changent des vies.
• Et 35 jeunes filles ont pu poursuivre leurs cours d’anglais et d’informatique, une porte ouverte vers un avenir qui, je l’espère, sera plus lumineux.

À travers ces actions, des centaines de femmes ont pu bénéficier de meilleurs soins liés à la maternité et reprendre un semblant de contrôle sur leur vie.
J’ai également pu constater sur le terrain l’impact durable de nos projets passés. Les chariots que nous avons distribués pour vendre fruits, légumes ou petits plats continuent d’assurer des revenus réguliers à leurs propriétaires. Les machines à coudre et celles destinées à la broderie circulent encore dans les rues de Kaboul, offrant régulièrement aux familles un revenu modeste mais stable.
Voir ces femmes travailler, tenir bon, est sans doute ce qui me touche le plus. Même avec de petits budgets, nous parvenons à briser des cercles de dépendance et à offrir de vraies voies d’autonomie. Grâce à elles, leurs familles ont retrouvé une certaine sécurité alimentaire. Grâce à elles, la dignité survit.
Je mesure chaque jour la force de ces femmes, mais aussi la force de celles et ceux qui nous soutiennent. Sans vous, rien de tout cela n’aurait été possible.
Nous continuerons à avancer, à lutter, à protéger, à soutenir. Tant que vous serez à nos côtés, les femmes afghanes ne seront jamais complètement seules.

Merci de continuer à marcher avec nous. Merci, surtout, de continuer à croire en elles.
SAMIM Rohina,fondatrice de Hope for Afghan Women


